mercredi 29 décembre 2010

Gravir les échelons

Peu de temps après mon arrivée, il avait exigé que je mette de l'ordre dans les archives, la fille m'ayant précédée ayant visiblement quelques problèmes à régler avec le classement alphabétique.
J'avais déjà noté avec une légère angoisse que les dossiers destinés à être archivés étaient systématiquement disposés en attente sur une série d'étagères fixées à pas moins de 2 mètres du sol.
J'accédai cependant à sa requête avec un entrain mêlé d'un certain embarras, non sans lui avoir avoué le vertige me saisissant dès que je posais le pied sur une échelle.
Le rictus qu'il ne put alors retenir ne fit que renforcer l'impression qui m'habitait depuis mon embauche: cet homme nourrissait de bien étranges desseins...

Rassemblant tout mon courage, je décidai de me mettre à l'ouvrage sans plus attendre.
Je gravis un à un les barreaux de l'échelle menant aux lourds dossiers, et à peine étais-je arrivée saine et sauve au sommet, chargée d'un classeur énorme, que l'interphone se mit à cracher un "Mademoiselle Zoé! Dans mon bureau, s'il vous plait!", qui ne souffrait aucune protestation.
Je descendis prudemment de mes hautes sphères pour me presser dans son bureau.
- Oui, Monsieur?
- Un café, s'il vous plait!

Décontenancée par l'absurde urgence de son exigence, je m'exécutai prestement en maugréant silencieusement, puis repartis à l'escalade.
Rebelote. Chaque fois que j'atteignais péniblement le dernier barreau, l'interphone se mettait inlassablement à crachoter une nouvelle demande. Et encore. Et encore. Et encore...
Je n'en finissais plus de monter et de descendre, j'arrivais dans son bureau le souffle de plus en plus court, les joues de plus en plus rouges, les cheveux de plus en plus défaits.
Je remontai une fois de plus sur mon échelle, desespérée, les sanglots au bord des lèvres, la tête sur le montant de mon objet de torture, quand une main douce et réconfortante vint se glisser le long de ma jambe, faisant doucement chanter la soie de mon bas jusqu'à l'orée émue de mon entrecuisse.

- Mademoiselle... il est 17h, vous pouvez rentrer chez vous, je crois que vous en avez fini pour aujourd'hui. Vous reprendrez demain.

Tête baissée, soulagée mais épuisée et reniflante, j'attrapai mon sac et me dirigeai vers la porte, ma sortie de secours de cet après-midi infernal. J'allais la refermer derrière moi quand j'entendis le velours de sa voix m'interpeller encore une fois:

-Et oh, Mademoiselle! Demain... vous viendrez sans culotte.

samedi 18 décembre 2010

Entretien débauche

J'ai toujours aimé les hommes en costume. 
Celui qui se trouvait face à moi ce jour-là, nonchalamment assis de l'autre côté de son imposant bureau en bois massif, ne faisait pas exception à la règle.
Sa chemise légèrement ouverte sur son cou lui donnait un air savamment négligé et son sourire carnassier me rendait la soutenance de son regard difficile.
C'est donc avec une ferveur à peine contenue et la voix légèrement tremblante que je lui ai récité mon pedigree:
Références? Sans faille. Ponctualité? Suisse, Monsieur. Rigueur? Allemande, natürlich. Self control? British. Café? Italiano!

Les yeux rêveurs accrochés au bord de mon décolleté, il a soufflé, comme pour lui:
"Je crois bien que je vais vous prendre, Mademoiselle..."

Encore auréolée de ma naïve candeur, j'ai bêtement cru qu'il ne venait que de m'embaucher.
                                                               

vendredi 17 décembre 2010

Trouver une secrétaire très particulière

Recruter une assistante.
Trouver celle qui saura satisfaire cette conception bien à moi du travail bien fait et dont la conscience professionnelle n’aura d’autre limite que mon bien être.
Polyglotte, elle sera douée pour manier la langue et aussi à l’aise dans les tâches intellectuelles que dans les travaux manuels.
Jamais à court d'idées pour évacuer mes tensions accumulées, elle se pliera en quatre pour mettre la main à la "patte", enfin vous voyez ? la "patte" pas la "pâte"...
Elle n'aura de cesse d'être à la hauteur de mes exigences et acceptera avec discipline les règles de mon management de forte proximité.

J’en avais fait passer des entretiens d’embauche, j’en avais testé de l’Assistante de Direction, mais aucune n’avait su éveiller mon intérêt. J’avais presque jeté l’éponge au pied de cette belle ambition quand un jour, je l’ai vue assise à travers la vitre sans tain que j’avais faite installer pour observer la salle d'attente depuis mon bureau.

Elle attendait pour un entretien d'embauche après m'avoir été chaudement recommandée par le cabinet J&L Associates.
Avec son joli visage sage malgré des yeux malicieux qui trahissaient l'immense potentiel sur lequel je pourrai capitaliser.
Une tenue impeccable, une bouche professionnelle (j'en étais sûr), des seins généreusement mis en valeur, un rouge léger sur les lèvres.
J’ai appuyé sur l’interphone qui communiquait avec la salle d’attente, j’ai dit: Mademoiselle Zoé, vous pouvez vous lever, Monsieur Jones arrive !
Elle a sursauté, en se levant et en cherchant d'où venait la voix, elle a dit: Ouiiii, c’est moi !
J’ai ajouté: Profitez-en pour faire deux cafés avec la machine à expresso posée sur la table, si vous voulez bien !

La table sur laquelle est posé le percolateur se trouve à moins de 40 cm du sol, si bien qu'à travers la vitre, je l’ai observée se tourner vers la Nespresso et se baisser pour me présenter son plus beau profil.

En avalant ma salive, j’ai tout de suite su que c'était Elle que j'allais prendre...